Le Ciel, la Terre, et les fondations morales de la foi chinoise (II)

La section "Odes de Zhou" du "Classique de la Poésie", était dédiée à la vénération, à la prière et à l’éloge de Shang Di. Les "Odes de Zhou "vénéraient principalement les rois fondateurs de la dynastie, Wen et Wu, puis l’Empereur Cheng et l’Empereur Kang, ainsi que leurs ancêtres légendaires Hou Ji et Tai Wang, estimés être des descendants de l’empereur céleste. Les paroles dans les "Odes de Zhou" rendent compte du respect avec lesquels ces monarques servaient et protégeaient le ciel et gouvernaient le pays avec vertu. 
 
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Concrètement, la piété religieuse signifiait que l’on était responsable d’agir et de vivre vertueusement pour réaliser le Mandat Céleste, jusqu’au degré exigé par la position qu'on occupait. Ce principe se reflétait dans les interactions humaines, telles les "trois liens" entre dirigeant et ministre, parent et enfant et mari et femme. 
 
Confucius pensait que sa collection des poèmes de Zhou servait de guide moral. "Lorsque l’on se trouve dans le pays, on peut identifier combien les gens sont éduqués. S’ils sont doux et bons, cela signifie qu’on leur a enseigné les ‘[Classiques de] la poésie‘. " 
 
Comme il apparaît clairement dans les poèmes du "Classique de la Poésie," les citoyens de Zhou pensaient que la volonté du ciel était de protéger les gens de la souffrance et du désastre, et que les rois avaient été envoyés comme ses agents humains pour veiller à cette tâche. 
 
Dans le poème "Huangyi," le ciel demande au Roi Wen, fondateur de la dynastie Zhou: "Le Ciel a dit à l’Empereur Wen, ‘j’aspire à des personnes ayant une telle vertu, qui ne se complaisent pas dans les plaisirs sensuels ni n’abusent des punitions. Qui ne parlent pas de choses qu'elles ignorent et suivent sincèrement l'autorité du Ciel." 
 
De cette façon, le dirigeant qui était pieux et respectueux devant le ciel agirait aussi comme un vertueux roi-philosophe envers ses sujets et ses ministres, écoutant leurs avis et tenant compte de leurs besoins. 
 
Par opposition à l'habitude chinoise impériale postérieure de concentrer le pouvoir politique au centre, l'autorité politique et militaire Zhou était régionalisée. Les dirigeants des nombreux états vassaux qui constituaient le royaume rendaient allégeance à leur roi par principe moral plutôt que par obligation forcée. 
 
Le caractère solide et la discipline morale des anciens rois Zhou sont reflétés dans la longévité de cette dynastie flexible et décentralisée: Pendant plus de 800 ans, la famille royale Zhou a été, au moins nominalement, honorée comme souveraine légitime de la Chine, en faisant la plus longue dynastie de l’histoire chinoise enregistrée. 
 
La véritable autorité politique de Zhou s’est affaiblie au 8eme siècle av. J.C, lorsque le Roi You a échoué à se maintenir aux critères élevés de ses prédécesseurs. Plus concerné par les plaisirs personnels, comme passer du temps avec sa concubine favorite, plutôt que de se concentrer sur une gouvernance éclairée, ce roi était étroit d’esprit et soupçonnait ses ministres loyaux d’être des usurpateurs. 
 
En l’absence d’un comportement moral fort, la confiance entre le roi et ses vassaux déclina et, par conséquent, lorsque les tribus barbares attaquèrent la capitale de Zhou, le Roi You se retrouva sans alliés. Le roi perdit la vie et la famille royale dût chercher refuge vers l’est, fondant les Zhou orientaux. En dépit du nom, les seigneurs féodaux avaient en fait perdu confiance dans la capacité des rois de Zhou à diriger. 
 
Ceci donna naissance à la période des États Combattants du Printemps et de l’Automne au cours de laquelle les dirigeants de Zhou n’eurent plus guère d’emprise sur le royaume qui se délitait peu à peu. 
 
Comme l’avertit le "Classique de la Poésie,": "Une personne sage et bien informée accepte gentiment les conseils et se comporte en suivant la vertu. Une personne insensée et ignorante rejette les avis sincères ; elle considère que le conseiller nourrit des ambitions déplacées." 
 
Pour les anciens chinois, la foi dans le divin était liée à la confiance et au soutien entre les hommes. Une sincère bienveillance s’appuie sur une foi ferme, amenant cette dernière vertu cardinale confucéenne à l’unisson avec la première. (Fin)
 
Constance Ladoux